Communiquer dans un monde de normes : l'exemple du monde de la Responsabilité sociale de l'Entreprise ?

Résumé : Notre hypothèse est de proposer de relier dimension communicationnelle et installation généralisée d'une norme, en l'occurrence celle dite de Responsabilité Sociale des Entreprises. Les représentations collectives sont travaillées par le discours ou l'écrit, offrant un modèle, une structure sociale à réaliser dans des pratiques professionnelles ayant cours dans l'entreprise. La direction " dit " l'éthique, les salariés s'y conforment. Quelque soit la valeur d'objectivité ou de vérité d'une telle information, elle transmet le réel en le mettant en forme, construit et entraîne par conséquent une certaine forme de réalité basée sur une norme partagée (sharing organisation). Cet environnement énacté par les managers donne du sens aux événements, ou aux valeurs éthiques en l'occurrence dans le cas des communications de RSE (transparence, loyauté, universalité du principe). La norme de " bonne conduite " revendiquée de l'organisation va donner confiance, en matérialisant la pensée, elle institutionnalise ainsi un savoir commun. Les systèmes organisationnels apparaissent dans cette perspective comme des systèmes langagiers, constitués et négociés dans le flot continu des interactions, où l'organisation se crée, ainsi que l'identité de ceux qui y participent, mais aussi dans le flot des communications portées vers des acteurs de type législatifs, administratifs, étatiques, etc. Au plan théorique, le rapport entre phénomènes institutionnels et phénomènes organisationnels est alors à aborder prioritairement. En proposant un lien entre " organisation " et " institution ", on voit que la question centrale qui revient est celle du lien entre individuel et collectif. Cela revient à penser les acteurs en scène non pas comme dotés de fonctions précises, dans un système organiciste, mais plutôt comme dotés d'une capacité à " être en lien " avec un collectif dans une organisation " politique ". Présenter les individus comme étant reliés dans l'entreprise, fait apparaître ainsi celle-ci comme dotée d'une dimension " politique ". S'interroger sur une telle communication touche ainsi à des enjeux de régulation. L'organisation est appréhendée sous l'angle de la régulation sociale, autour du lien entre communication et installation d'une norme éthique, et de la recomposition des acteurs, dans le jeu politique et réglementaire. Les discours de conformité sociétale des entreprises, de légitimité, de justification, publicisent les activités de l'entreprise, recomposent les frontières de l'organisation. On pourra parler d'un " travail d'organisation " (Bazet, de Terssac), de l'aspect performatif de ces discours qui produisent une réalité particulière à propos de la place de l'entreprise dans la société. Une nouvelle relation au temps dans l'organisation est proposée, associée à l'idée d'héritage, de pérennité assurée par un discours de " confiance ", de stabilité, de " transparence ", porteur d'avenir et de permanence. Une nouvelle relation à l'espace de l'organisation est également mise en avant, qui repose sur la nécessité annoncée d'assurer un " continuum " entre sphère privée et sphère professionnelle du salarié. L'humanisation des activités entraîne un brouillage entre les mondes, l'entreprise se trouvant au final encapsulée dans ses environnements extérieurs. Les schémas normatifs sont ainsi à relier à des constructions politiques, culturelles et sociales dans les organisations. L'éthique est censée jouer ce rôle d'affirmation d'une sorte de " raison d'être " de l'entreprise, dont les objectifs sont présentés comme prioritairement sociaux. L'organisation passe alors à une logique politique, puisque les acteurs qui la constituent sont " mis en en scène ", dans des logiques de représentation, et ne sont pas reconnus seulement pour ce qu'ils font mais aussi pour leur statut de représentation vis-à-vis d'autres acteurs. Ce point de vue sur la mise en scène de l'entreprise est caractéristique des politiques de RSE et en particulier des démarches de " développement durable ". Celles-ci trouveront leur place à l'interne auprès des salariés parfois, et seront jugées par leurs promoteurs comme profondément novatrice, capables de modifier les procédures de travail ainsi que le sens de l'action chez les salariés. L'émergence du phénomène a été confirmée par son institutionnalisation, établie par la communication. Certains concepts modifient profondément les manières de voir et d'agir, ou bouleversent nos connaissances par des révolutions scientifiques, est-il communément pensé par les politiques de management, et chaque fois, de nouvelles normes et paradigmes s'installent, des idées triomphent. La RSE à cet égard parle d'avenir commun, décrit un développement " qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ". Elle pousse à prendre en considération, pour chaque décision politique ou autre à prendre dans l'organisation, ses conséquences sociales, environnementales, économiques. Bernard Lamizet (1996) écrit : " Une organisation devient un espace politique dès lors qu'elle réserve un espace institutionnel à la représentation. C'est le rôle des comités d'entreprise, des syndicats, des délégués du personnel, de la représentation des salariés dans les instances dirigeantes de l'organisation ". (Lamizet, 1996, p. 168). La communication va ainsi servir à expliquer les buts de l'organisation dans l'espace social. Elle formule, en quelque sorte, ce qu'il convient d'appeler au sens propre sa raison sociale. " C'est dire que la communication assure une fonction de médiation, puisque dans l'espace de la sociabilité, elle permet de mettre en relation la dimension individuelle de chaque acteur et la dimension collective de son appartenance " (Ibid). Notre approche communicationnelle de la norme de RSE propose donc une organisation vue comme le lieu d'une normalisation de l'information, et des conduites individuelles de manière générale.
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Communication dans un congrès
Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France
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Soumis le : mardi 2 juillet 2013 - 11:36:08
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Catherine Loneux. Communiquer dans un monde de normes : l'exemple du monde de la Responsabilité sociale de l'Entreprise ?. Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. 〈hal-00840323〉

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