Normes et conventions : Des dispositifs de régulation aux formes organisationnelles de gouvernance

Résumé : Dans le prolongement des travaux de Jean-Daniel Reynaud sur la théorie de la régulation qui permet l'échange, la communication, l'établissement de contrats et de règles avec l'existence de conflits dans un groupe social, nous dressons le constat que le mode projet peut être " une nouvelle forme de la sociologie de l'action, posant comme caractéristique majeure de l'acteur social son autonomie, c'est-à-dire sa capacité de construire des règles sociales et d'y consentir " (Reynaud, 1991 : 13). De plus, nous adhérons au courant de cognition sociale qui " s'intéresse au poids du social dans la régulation des activités cognitives développées par un sujet. [...] L'activité cognitive ne résulte pas uniquement de processus de traitement de l'information ; elle est aussi sociale au sens où elle s'inscrit dans un contexte de relations sociales " (Lauriol : 5). En effet, cette approche combine les caractéristiques de l'approche de cognition organisationnelle auxquelles s'ajoutent les interactions entre les acteurs et le contexte d'action. Interactions et contexte qui sont déjà au centre de la logique d'action (Habermas, Crozier, Friedberg) et des logiques sociales, elles-mêmes reposant sur les formes de liens (Bernoux, Herreros, 1996). C'est la dimension entière du système qui est ici considérée pour l'analyse de la dynamique de groupe et des stratégies individuelles ou collectives. Dynamique où les représentations individuelles et les conditions de la production collective des connaissances sont les marqueurs de la compréhension de la formation de l'action sociale (Ward, Reigen, 1990). Nous envisageons dans cet article de croiser les notions de norme, coopération et convention. Cette tentative théorique est récente. En effet, notons qu'en 1999, Armand Hatchuel tisse un lien entre la coopération et la convention en s'appuyant sur la théorie du point focal de Schelling qui " décrit une situation de conception collective sans révision " (Hatchuel, 1999 : 198). Le point focal étant, selon Schelling, le foyer de convergence qui résulte de l'interaction des membres du groupe. Il est retenu collectivement comme solution suite à une construction cognitive. Cette solution résulte d'un processus d'apprentissage caractérisé par Schön (1997 : 167) de " monde comportemental qui peut plus ou moins influencer la réflexion commune qui est essentielle à toute communication fiable ". L'intérêt de cette démarche croisée entre la logique d'action dans la gouvernance de projet et la coopération/convention sera, à terme, d'isoler qu'une rationalité interprétative (composée d'éléments variés comme l'histoire du groupe, les artefacts, règles, représentations, conventions et procédures) permet de lever les incertitudes. Des auteurs tels que Denise Jodelet, Serge Moscovici ou encore Jacques Lauriol ont déjà identifié les processus d'objectivisation et de polarisation qui confère à un groupe la possibilité de parvenir à un consensus, dans le respect des marges de désaccord (au sens sociocognitif de la rationalité interprétative qui suppose la matérialisation des connaissances et de leur signification dans l'organisation en vu d'une action). Il nous a en effet semblé intéressant d'ouvrir les travaux en communication organisationnelle vers cette analyse car elle est inhérente à la prise de décisions des acteurs. En effet, de nombreux auteurs (Giddens, 1997 ; Hatchuel, 1997 ; Reynaud, 1997) ont démontré que les règles sont au cœur de l'organisation collective, toutefois, force est de constater que seules les règles ne sont pas constitutives d'une organisation car l'entité collective ne se conforme pas entièrement à la règle qui peut être une réponse partielle et contraignante dans l'action (en tant que forme d'inscription d'un savoir collectif mobilisable), d'où la dimension sociale. Au-delà de la théorie de la régulation, l'organisation dépasse la vision holiste où, selon Emile Durkheim, l'individu n'est pas déterminé par le tout dont il fait partie, mais où les faits sociaux expliquent d'autres faits sociaux. Holisme où les comportements individuels sont socialement déterminés dans une vision relationnelle du monde. La théorie des conventions ne retient pas non plus la vision individualiste de Max Weber, s'opposant à Emile Durkheim et qui considère que l'individu peut changer selon sa volonté qui le pousse à agir indépendamment de son contexte, (question du libre-arbitre), est aussi remise en cause. Mais la règle, de même que la convention, requièrent une interprétation (Reynaud B, 1998), issue d'une négociation et se transforment tout au long de la vie sociale (Giddens, 1987). Nous mettrons en exergue dans cet article que les modes de coopération de l'action collective (Favereau, 1997) outrepassent le cadre de l'organisation, lieu de production et de productivité, au bénéfice d'un espace plus social qui mêle les normes, les conventions, l'apprentissage et les savoirs collectifs.
Type de document :
Communication dans un congrès
Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. pp.86, 2013
Liste complète des métadonnées

https://hal.univ-lille3.fr/hal-00825890
Contributeur : Compte Laboratoire Geriico <>
Soumis le : lundi 22 juillet 2013 - 15:21:49
Dernière modification le : jeudi 12 avril 2018 - 15:14:07
Document(s) archivé(s) le : mercredi 5 avril 2017 - 15:51:48

Fichier

axe_1_colloque_cmn_gardere_v2....
Accord explicite pour ce dépôt

Identifiants

  • HAL Id : hal-00825890, version 2

Collections

Citation

Elisabeth Gardere. Normes et conventions : Des dispositifs de régulation aux formes organisationnelles de gouvernance. Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. pp.86, 2013. 〈hal-00825890v2〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

428

Téléchargements de fichiers

848