Normes et communication. la notion de norme au carrefour d'une pluralité de processus communicationnels.

Résumé : En prenant en compte certains travaux récents d'élaboration théorique sur la question de la norme (De longeaux, 2009; turner, 2009; et en particulier ostrom, 2005), et dans le contexte d'une réflexion amorcée précédemment sur la notion de normativité (létourneau, 2009), nous allons d'abord poser tour à tour les questions suivantes : 1. quelles sont les caractéristiques de ce que nous entendons par une norme? 2. Quelles sont les différents types de normes qu'il est possible et souhaitable de caractériser? 3. De quelle façon la notion de normativité ou d'ordre normatif, qui semble concerner un ensemble d'éléments exerçant une " force normative ", peut-elle compléter cette définition et typologie des normes? Pour établir les points 1 et 2, nous comptons examiner plus en détails l'élaboration sur les normes fournie par elinor ostrom (notamment Ostrom, 2005), développée par cette scientifique, prix nobel 2009 en sciences économiques, avec une équipe interdisciplinaire, dans ce qu'on appelle le cadre iaD (institutional analysis and Development Framework). Cette approche de la norme pourrait fournir les bases d'une terminologie commune, si tant est que nous voulions suivre la recommandation déjà donnée par Charles Sanders Peirce (Peirce, 1903; 1998), proposant de nous référer quand c'est possible à un corpus de référence susceptible d'être repris par un grand nombre de chercheurs. Ce cadre particulier a commencé par s'imposer dans le domaine de la gestion des ressources naturelles considérées comme ressources communes (mines, forêts, bassins versants, cheptels animaliers ou piscicoles) mais sa portée a été récemment élargie. Cette problématique des common pool resources a été élargie du reste aux informations disponibles sur les wikis et plates-formes similaires, ainsi qu'aux soins de santé (dans la mesure où nous avons là aussi des régimes divers de propriété possibles se croisant pour rendre des services qui sont mis en commun et dont il est possible d'abuser). le modèle analytique d'ostrom a l'avantage de la simplicité, d'un ensemble définitionnel clair qui peut être utilisé pour analyser des situations d'action. Pour traiter la question 3 autour de la normativité, nous allons nous référer aux auteurs mentionnées, en particulier turner mais également Maesschalck, 2010; lenoble et Maesschalck, 2008; etc. Comme exemple, la requête de la croissance dans la culture du monde économique en lequel nous vivons exerce une force normative (Daly, 1996), de même pour une notion discutée comme celle de développement durable. Pensons aussi aux aspects normatifs concernant la connaissance (il y a des conditions à remplir pour qu'un discours ou un contenu cognitif puisse compter comme un savoir) et bien sûr aux normativités de la communication (par exemple, parler de l'aspect rhétorique de la communication inclut d'importantes composantes normatives, dont la suivante : le locuteur doit se faire comprendre de son auditoire). Voilà une question d'intérêt pour les SiC, bien que les sciences en général ont eu tendance, du moins à la suite d'une certaine lecture de Max Weber, d'éviter de considérer les éléments normatifs. Plus largement, les actes de parole manifestent une force normative variée, de façon évidente dans les exemples de la promesse, de la condamnation ou de l'engagement, mais aussi ailleurs (Searle et Vanderveken, 1981). et ce, sans oublier des types de normativités spécifiques à des domaines d'action précis (normativité administrative, esthétique, scientifique, etc.), désignant par là des ensembles de normes, de valeurs, de procédures et de processus, dont la force (relative) de contrainte se manifeste à la fois dans les discours et les pratiques. le texte développera les cas mentionnés (la croissance, le développement durable, la rhétorique) pour illustrer ces différents champs normatifs et en concrétiser les contours. Cette clarification conceptuelle semble requise pour une théorie communicationnelle de la norme dans le contexte de la vie organisationnelle, et au plan social et politique, c'est-à-dire ce plan le plus souvent pensé de manière réticulaire ou inter-organisationnel (Serres, 1972). Une question à caractère critique doit forcément aussi être posée: avoir une norme c'est disposer d'une règle d'action, du moins par hypothèse. Mais le fait d'avoir une norme ne nous assure évidemment pas de sa valeur (Dewey, 1939, 2011; létourneau, 2010); il est requis de distinguer deux niveaux du travail de la valeur à propos de la norme et de la normativité, entre la valuation et l'estimation plus rigoureuse. nous nous trouvons apparemment dans la situation suivante : la norme établie présuppose des fins et des évaluations préalables, ainsi que des critères permettant de marquer des seuils d'acceptabilité et de non acceptabilité face à divers phénomènes " à régler ", tous éléments forcément établis dans une série de discussions plus ou moins ouvertes. La norme fixe soit l'obligatoire, le permis ou le défendu, mais elle ne circule pas simplement entre le vide et le plein, le zéro et le un. Autrement dit, du point de vue d'une étude des processus d'interaction communicationnelle (étude qu'on voudra scientifique et-ou rigoureuse) concernant les normes, il est requis de distinguer et de caractériser trois lieux distincts qui peuvent avoir des caractéristiques communes, soit 1) les processus d'élaboration de la norme, 2) le contenu communicationnel de la norme (incluant ses aspects pragmatique, avec l'opération du comprendre qui, dans l'application, actualise la norme en l'interprétant) et 3) les lieux de discussion critique et évaluative de la norme qui peuvent venir a posteriori et produire des commentaires. Ceux-ci se retrouveront à leur tour dans trois types de lieux : discussions colloquiales au plan des collègues ou connaissances par exemple à l'intérieur d'une organisation commune, ceux de la presse écrite et électronique, ceux de cette presse parallèle appelée depuis peu blogosphère, et précédemment cyberspace. Dans certains cas une discussion ultérieure peut simplement entériner la valeur de la norme, alors que dans d'autres on mettra en question la valeur de la norme en raison de critères forcément variables en fonction des contextes, circonstances, normes de référence, évolution situationnelle, etc. Dans des sociétés qui poursuivent un idéal de vie démocratique (qui va de pair le plus souvent avec des institutions), le rôle de l'opinion publique est prépondérant à toutes ces étapes, à condition d'admettre une notion très constructiviste et variable de cette opinion.Norms and communication.
Type de document :
Communication dans un congrès
Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. pp.140, 2013
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Contributeur : Compte Laboratoire Geriico <>
Soumis le : lundi 22 juillet 2013 - 15:31:05
Dernière modification le : mardi 23 juillet 2013 - 14:15:58
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Alain Létourneau. Normes et communication. la notion de norme au carrefour d'une pluralité de processus communicationnels.. Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. pp.140, 2013. 〈hal-00839237v2〉

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