La compétence communicationnelle et le jeu des normes : le cas de la communication chinoise

Résumé : Notre étude, à travers l'exemple du jeu de l'individu chinois avec les normes, a pour but de montrer comment les niveaux micro et macro sont liés à travers la compétence de communication. Elle s'appuie sur la théorie des réseaux complexes (Green, 2000 ; Goldstein, 1999 ; Harvey & Reed, 1996) et sur la théorie de la structuration (Giddens, 1984) pour montrer que les phénomènes organisationnels sont indissociablement liés à l'émergence de configurations, de structures qui vont contraindre en retour l'action. Ces configurations sont des méta-matrices liant et organisant, à des échelles hiérarchiques supérieures, des éléments apparaissant dans différents réseaux sociaux, matériels et cognitifs (Hardy & Agostinelli, 2008). Dans le cadre des organisations socio-matérielles, il y a coorientation organisationnelle, car la communication humaine relie deux environnements: un environnement social-matériel et un environnement conceptuel médié par le langage (Taylor, 2006 ; Taylor & Van Every, 2000). Les êtres humains vivent dans les deux mondes à la fois, d'où la nécessité d'effectuer sans cesse des " traductions " d'un monde à l'autre. C'est là que l'on retrouve le rôle essentiel de la communication, dont l'étude permet de " capturer cette dynamique de la traduction en cours" (Taylor, 2006, p.147). Nous concevons donc le monde social comme constitué de deux principaux réseaux interreliés, un réseau socio-matériel reliant des actants humains et non-humains, mais physiques, et un réseau conceptuel, constitué de règles, par définition culturelles, et dont les normes sont un des éléments. Nous définissons la culture comme structure sociale, c'està-dire un système cognitif socialement distribué, formé par des règles et des ressources (que nous comprenons comme étant les valeurs, ou représentations mentales), et médiatisé par le langage. Si les règles culturelles organisent le social, comme le rappelle Sapir (1967/1927, p.38), " il n'est de comportement qu'individuel ". Dans ce cadre, les variations individuelles sont comprises comme étant les pratiques individuelles guidées, mais non déterminées, par le système de règles. La culture est donc un réseau cognitif en constante émergence, à divers degrés de structuration de niveaux hiérarchiques, plus ou moins locaux ou globaux. C'est dans la pratique individuelle cependant qu'émergent ces niveaux hiérarchiques, de manière situationnelle. Le système cognitif d'un individu peut donc être représenté comme une méta-matrice émergente qui associe sur plusieurs dimensions des éléments de divers réseaux cognitifs socialement distribués, et c'est bien l'individu qui " développe des compétences dans de multiples structures de règles " (Sigman, 1980, p.38). La compétence communicationnelle peut être considérée comme cette méta-matrice émergente. Dans les règles du jeu social interactionnel, la compétence revient à la capacité à exprimer un chemin individuel (aspect efficient) tout en respectant les règles sociales, le cadre de référence commun (aspect approprié). Puisque les règles constitutives, qui sont des systèmes de sens (cf. Searle, 1972), sont à la base des règles normatives et définissent notamment le sens des sanctions, la compétence sociale va consister pour l'individu à parvenir à ses objectifs même dans le cas où ils seraient en contradiction avec les conventions et normes en vigueur, sans être sanctionné. Pour ce faire, l'individu peut contourner les règles, ou les modifier. Contourner les règles signifie trouver un "jeu", un interstice, dans le système de sens des règles constitutives. Modifier les règles signifie modifier les configurations entre les règles dans le système de règles, voire modifier le système lui-même. Ainsi, la compétence communicationnelle permet de jouer avec les normes et introduit la variété et la stratégie individuelle à l'intérieur de la structure sociale. Notre étude s'appuie sur le cas de la communication chinoise. Le choix du contexte chinois a été effectué pour deux raisons. Tout d'abord, parce qu'une culture nationale constitue un système de règles souvent institutionnalisées et donc plus facilement visibles si elles sont mises en comparaison avec les règles d'autres cultures nationales. Ensuite parce que la culture chinoise est décrite par la littérature interculturelle comme étant " collective " face à une culture occidentale individualiste. Dans le cadre d'une culture dite collective, l'individu n'aurait d'autre choix que de suivre les règles qui lui sont imposées. Or certains travaux montrent que l'individu chinois existe comme dans toute culture et utilise des stratégies communicationnelles (Hardy et Jian, 2011 ; Chang, 2010 ; 2001). La compétence communicationnelle, ou le jeu de l'individu avec les normes, est donc d'autant plus intéressante à étudier dans le contexte chinois où les normes communicationnelles sont particulièrement saillantes.
Type de document :
Communication dans un congrès
Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France
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Contributeur : Compte Laboratoire Geriico <>
Soumis le : mardi 2 juillet 2013 - 11:45:25
Dernière modification le : mercredi 25 juillet 2018 - 01:23:09

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Citation

Mylene Hardy. La compétence communicationnelle et le jeu des normes : le cas de la communication chinoise. Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. 〈hal-00840328〉

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