Equilibre et réciprocité dans la circulation de l'information et de la culture au Togo : quel bilan ?

Résumé : En 1978, alors que sous l'impulsion du général Mobutu les mesures encourageant l'authenticité culturelle se multiplient en Afrique subsaharienne, tous les états membres de l'UNESCO s'entendent pour ratifier la déclaration 20C/20 dont la visée générale est de "suggérer et mettre en œuvre des dispositions susceptibles de favoriser la participation de toute la communauté à la vie culturelle de la nation ". Déplorant que l'information produite par les pays dits "industrialisés" reflète fatalement la culture et les préoccupations de cette région du monde, la prise de conscience est générale et un consensus s'établit pour promouvoir un nouveau modèle, en témoigne l'article VI des actes de la 20ème Conférence générale à Paris : L'établissement d'un nouvel équilibre et d'une meilleure réciprocité dans la circulation de l'information [...] exige que soient corrigées les inégalités dans la circulation de l'information à destination et en provenance des pays en développement ainsi qu'entre ces pays. Dans ce but, il est essentiel que les organes d'information de ces pays disposent des conditions et des moyens qui leur permettront de se renforcer, de s'étendre et de coopérer entre eux et avec les organes d'information des pays développés. Ces premières discussions ont annoncé les enjeux qui sortiront du rapport Macbride préconisant un Nouvel ordre mondial de l'information et de la communication (NOMIC) en 1980. Près de 35 ans plus tard, un bilan s'impose. Dans quelle mesure les inégalités décriées ont-elles été résolues ? Comment les cultures africaines sont-elles diffusées et promues dans la presse, tant locale qu'internationale ? Dans quelles mesures la circulation de l'information ou des " produits culturels " est-elle renforcée ? Les cultures africaines présentées en occident sont-elles authentiques ou reflètent-elles une culture mondialisée et normée ? Alors que bon nombre de pays du continent africain viennent de célébrer le 50ème anniversaire de leur indépendance, les stigmates de la colonisation ne semblent pas sur le point de se gommer. Le Togo, petit pays enclavé entre le Ghana, le Bénin et le Burkina Faso, ne fait pas exception à la règle. De ce fait - et c'est l'hypothèse qui sous-tend cette communication -, nous concevons que des avancées remarquables sur la circulation de l'information et de la culture y ont été faites, notamment en ce qui concerne 1) l'humanisation des mesures coercitives prises à l'encontre des différents acteurs du paysage médiatique et 2) l'insertion de certains éléments culturels dans les réseaux mondiaux de communication, mais que les constats globaux n'en sont pas moins démoralisants, particulièrement en ce qui concerne l'actualité nationale et le type de culture promu. À la lumière d'entrevues effectuées sur le terrain auprès des différentes instances impliquées dans le paysage médiatique togolais, nous nous efforcerons de dresser un portrait sommaire de la production, distribution et réception de l'information et de la culture au Togo. Le mandat est ambitieux, mais nous ne saurions concevoir une analyse complète de la situation sans aborder ces trois points. En effet, chacun de ces paliers recèle plusieurs écueils à la circulation de l'information et de la culture. Que ce soit par la multiplication du nombre de publication (entraînant inévitablement une diminution proportionnelle du tirage), le manque de formation académique des journalistes, un contenu trop local ou un mimétisme de l'Occident (par le biais de la musique par exemple) dès la production on peut voir se profiler les difficultés. La distribution n'en est pas moins problématique, l'inexistence de maisons de productions fiables l'absence complète d'un réseau de distribution spécialisé et professionnel dans le pays : depuis 1999, la présence de journaux hors de la métropole est des plus rares. Finalement, l'étude de la réception de l'information nationale au Togo force à constater l'échec des résolutions prises à la Conférence générale de l'UNESCO en 1978 : nos répondants, étudiants universitaires en journalisme, responsables de publications et membres des organismes de régulation ne lui accordaient qu'un crédit très limité. Des prix jugés élevés localement, un penchant clair pour le spectaculaire au détriment de l'objectivité journalistique, un intérêt des récepteur pour les chaînes internationales malgré la quasi-invisibilité sur les réseaux internationaux d'information (à l'exception de TV5 ou RFI) les poussaient à délaisser les organes locaux d'information. A travers la présentation de l'insertion du Togo dans la circulation de l'information et de la culture à l'internationale, nous insisterons sur une réappropriation des concepts à l'œuvre dans notre recherche : l'information, la culture, la diversité culturelle, la communication internationale. Nous conclurons néanmoins sur une note positive : sans doute à cause d'une préférence culturelle pour la communication orale, les médias radiophoniques et télévisés sont adoptés par les Togolais dans leur pays tandis qu'Internet devient le lieu où l'information et la culture togolaises s'extériorisent.
Type de document :
Communication dans un congrès
Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France
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Contributeur : Compte Laboratoire Geriico <>
Soumis le : mardi 2 juillet 2013 - 18:17:20
Dernière modification le : mardi 2 juillet 2013 - 18:17:20

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Christian Agbobli, Marie Gesseaume-Rioux. Equilibre et réciprocité dans la circulation de l'information et de la culture au Togo : quel bilan ?. Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. 〈hal-00840684〉

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