Écrire, parler, documenter : enjeux normatifs et pratiques situées de l'expression dans les procédures de débat public

Résumé : Cette communication propose un éclairage sur les formes de médiation du politique à l'œuvre dans les procédures participatives articulant des dispositifs de débat en ligne et en face-à-face. Ces dispositifs sont constitués par des assemblages de formats hétérogènes et séquencés (blog, forum, assemblée participative électronique, etc.) et engagent ainsi une véritable normalisation des modalités de production et d'inscription du débat (Bonaccorsi, Julliard, 2010). Nous nous appuierons sur deux exemples empiriques analysés dans le cadre d'une recherche collective (Les formats d'expression citoyenne dans les procédures locales de concertation, Programme Concertation, Décision, Environnement 2, Ministère de l'écologie, de l'énergie et du développement durable et de l'aménagement du territoire) selon le postulat qu'au sein de ces procédures, les dispositifs de prise de parole supportent et matérialisent des conceptions du débat public (Monnoyer-Smith, 2009 ; Street, Wright, 2007). Le premier terrain d'étude porte sur le projet européen Ideal-Eu, dans le cadre duquel, en 2008, les Régions Toscane, Catalogne et Poitou-Charentes ont organisé une Assemblée Participative Électronique (APE) sur le changement climatique, et conçu un site web participatif (www.idealdebate.eu). Ce projet s'inscrivait dans le cadre de l'appel à projets du programme " eParticipation 2007 " et était financé par la Direction générale Information Society de la Commission européenne. Le second terrain d'étude porte sur la procédure de concertation mise en place par une Commission particulière du débat public (CPDP) en 2009 pour statuer sur la transformation du Centre de traitement des déchets d'Ivry-Paris XIII. Cette concertation articule également des modalités d'échanges en face-à-face (réunions publiques) et en ligne (http://www.debatpublictraitement-dechets-ivry.org/). Dans l'un et l'autre cas, le site web participatif semble devoir occuper une place spécifique : l'appel à projets du programme européen insistait sur la nécessité pour les acteurs financés de réaliser un site web dans le cadre de procédures délibératives ; tandis que la mise à disposition de modalités d'expression variées - incluant un blog - constituait, selon la CPDP, une garantie sine qua non du bon déroulement du débat. À partir d'une approche ethno-sémiologique, nous abordons les différents dispositifs mis en place dans le cadre de ces procédures comme les traces d'une définition de la participation produite/engagée par les acteurs du projet. Cette définition est d'abord négociée et discutée dans les choix scénographiques, techniques ou éditoriaux, qui sont bien entendu également contraints par des facteurs économiques ou calendaires. Les médias informatisés, notamment, se caractérisent par leur valeur indexicale. D'une part, les choix techniques et éditoriaux mobilisent des imaginaires (celui du réseau, du participatif, etc.) qui sont supposés pouvoir particulièrement bien trouver une traduction concrète grâce à la technique, en cela, le Web, en tant que support, signale un registre à la communication. D'autre part, il favorise des activités - écrire, lire, valider, évaluer, classer - et " configure un tissu dense d'écriture " (Aïm, Jeanneret, 2007). De leur côté, réunions publiques et APE sont instrumentées, cadrées et scénarisées. Nous prenons donc la mesure des enjeux techno-sémiotiques de ces dispositifs en nous intéressant à la manière dont ils norment et régulent l'action en proposant des modèles de prise de parole et de lecture pour produire, mettre en forme et archiver le débat (animateurs, synthèses, rapports, etc.) (Aldrin, Hubé, 2011). En d'autres termes, nous analysons les interventions des participants dans les sites web, en réunion publique ou lors de l'APE comme des prises de parole autorisées : le dispositif, en ligne ou en face à face, institue (Flon, Jeanneret, 2010). Mais le dispositif est également produit par les actions qu'il rend possibles sans qu'elles n'aient été envisagées dans son projet. Nous analysons la dimension discursive et symbolique de ces dispositifs en nous interrogeant sur les formes de participation produites. Il ne s'agit pas d'évaluer un écart entre des finalités (celle de l'institution, celle des participants), ni de mesurer l'efficacité du format d'expression : nous observons là des interprétations du projet d'un dispositif de prise de parole à partir des marques langagières et sémiotique. En cela, l'approche proposée diffère de celle adoptée par nos collègues qui comparent les modes de justification des acteurs dans leurs discours (Wojcik, Talpin, 2009) ou la qualité des débats en ligne et en face-à-face (Monnoyer-Smith, Wojcik, 2011) pour évaluer les conditions de réalisation d'une délibération " idéale " dans chacun de ces dispositifs et dans leur articulation, et la complète. L'observable " participation " est défini selon nous à la jonction des interprétations du projet, où se jouent, à un moment donné, les conditions de possibilités d'un débat citoyen. Ceci est analysé selon une entrée méthodologique qui articule analyse sémiologique et enquête ethnographique (entretiens et observations) : nous abordons les dispositifs (sites web participatifs, réunions publiques) comme des lieux de prise de parole, plus ou moins imbriqués selon les procédures, et entre lesquels les participants et leurs discours circulent. Nous souhaitons ainsi éviter deux apories. La première serait de ne traiter des dispositifs qu'à partir de l'analyse discursive des échanges réalisés, ce qui revient à penser comme naturels et non sémiotisés les formats de la délibération (Doury, Marcoccia, 2007). La seconde serait de considérer ces dispositifs comme des lieux " formatant " et d'ignorer la possibilité que les individus peuvent produire quelque chose d'autre que le projet des dispositifs. La communication sera structurée en trois volets : Dans un premier temps, nous proposons une caractérisation globale des deux procédures de participation étudiées en mettant en relief l'intersémioticité en jeu dans les dispositifs qui imbriquent interactions en face à face et communication scripturale c'est-à-dire des statuts sémiotiques hétérogènes. Dans un deuxième temps, cette caractérisation nous permet de détailler finement les modèles et les normes en jeu - quelles formes de prise de parole sont suggérées, indiquées par les différents formats, à quels outillages conceptuels renvoient-ils ? Dans un troisième temps, nous questionnons la manière dont les participants interprètent le projet des dispositifs et " font avec " ces modèles et ces normes énonciatives. Nous relevons notamment les traces de leurs trajectoires au sein des dispositifs et décrivons la circulation de leurs discours dans les différents formats et dans le temps, témoignant d'un usage tactique des modalités d'expression mises à leur disposition.
Type de document :
Communication dans un congrès
Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. pp.243, 2013
Liste complète des métadonnées

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Contributeur : Compte Laboratoire Geriico <>
Soumis le : lundi 22 juillet 2013 - 16:13:13
Dernière modification le : mercredi 5 septembre 2018 - 16:06:05
Document(s) archivé(s) le : mercredi 5 avril 2017 - 15:55:33

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  • HAL Id : hal-00826063, version 2

Citation

Julia Bonaccorsi, Virginie Julliard. Écrire, parler, documenter : enjeux normatifs et pratiques situées de l'expression dans les procédures de débat public. Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. pp.243, 2013. 〈hal-00826063v2〉

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