De la reconnaissance mutuelle et publique des professionnelsde la communication

Résumé : Cette recherche s'inscrit dans le cadre d'un programme collectif et international mené dans l'espace francophone commun à la Belgique, à la France et au Canada. Fondée aussi collectivement dans une démarche partenariale orientée vers les praticiens de la communication, cette contribution constitue une invitation à engager l'analyse dynamique d'une professionnalisation disputée par de multiples instances représentatives, sur différents modes rhétoriques (juridique, déontologique, militant, casuistique...) et de services proposés aux professionnels (édition, événements, formation, conseil...). la première phase de la recherche vise à mettre à jour les dynamiques de positionnement des associations professionnelles qui assument et/ou revendiquent une participation dans la structuration et le développement des activités, des fonctions, des métiers ou encore des compétences dans le champ de la communication. nous défendrons l'hypothèse que les formes d'engagement et d'action dans la sphère professionnelle de ces acteurs associatifs varient en fonction de l'interprétation que chacune des associations (à travers leurs représentants et porte-paroles) a de ce qu'on nomme communément la professionnalisation. il s'agira donc renoncer - provisoirement - aux définitions ou cadres d'analyse de la professionnalisation a priori tels que la sociologie des professions les a forgés (Chapoulié, 1973 ; abbot, 1988) et fait évoluer (Strauss, 1992 ; Dubar & tripier, 1998 ; Champy, 2011) pour laisser émerger les différentes figures ou représentations qui se complètent ou s'opposent dans les discours des associations représentatives au plan national des acteurs spécialisés dans la communication.Cette contribution vise à interroger la manière dont les communicants (ceux qui font métier de communiquer) travaillent à leur reconnaissance professionnelle, dans la diversité de leurs segments et territoires d'exercice et de représentation. on sait combien la sociologie fonctionnaliste, en particulier nord-américaine, est attentive à la manière dont les professionnels construisent leur légitimité et leur positionnement concurrentiel. en bref, le " professionnel " prend notamment appui sur une formation longue, sanctionnée par une certification, mais doit aussi compter sur la protection -- au moins symbolique -- d'organisations corporatistes (associations et syndicats) dont certaines œuvrent à la formalisation déontologique d'une éthique professionnelle. notre objectif n'est pas ici d'interpréter ces marqueurs de profession comme les gages exclusifs et univoques d'une professionnalité mais, très différemment, de les interpréter comme indices d'une professionnalisation entendue comme processus de négociation permanente entre " segments " de la profession. l'appareillage déontique qui sert une professionnalisation aux prises avec la multiplicité de métiers relevant de secteurs, champs et fonctions multiples, sert également la reconnaissance des associations, syndicats et autres représentants qui revendiquent leur légitimité de porte-parole. Par-delà le corpus documentaire déontique constitué de codes professionnels, référentiels, chartes et autres manifestes, nous souhaitons discuter (et faire discuter) ici la manière dont des regroupements professionnels contribuent à une régulation interne et externe de leurs métiers et fonctions de référence.la méthodologie de cette phase de la recherche repose sur un terrain d'enquête qualitative dont le protocole est commun aux chercheurs des trois pays impliqués. Quatre grands segments et champs professionnels d'intervention des communicants ont été retenus pour l'étape exploratoire : 1) les relations publiques et la communication institutionnelle, la communication publique et communication territoriale ; 2) la communication interne, la communication marketing. a partir d'un tissu associatif professionnel identifié dans ces segments (une trentaine d'associations nationales françaises, québécoises et belges au total) une quinzaine d'entretiens approfondis d'une durée d'une à deux heures ont été conduits, en binôme de chercheurs, auprès de présidents en exercice, d'anciens présidents et de secrétaires généraux, sur la base d'un canevas semi directif orientant les échanges. il s'agissait alors d'explorer quatre thématiques : 1) les raisons d'être, motifs de positionnement et d'évolutions des associations ; 2) les enjeux perçus et les modalités d'engagement de l'association dans la professionnalisation de leurs adhérents ; 3) les rapports établis, attendus ou non, avec les acteurs impliqués dans la production et la diffusion de connaissances en SiC ; 4) les trajectoires à la fois personnelles et institutionnelles ainsi que l'implication des représentants associatifs à l'égard de la reconnaissance mutuelle et publique des communicants membres de leur groupement. Cette phase d'enquête, encore en cours de déploiement au printemps 2012, implique la contribution de près d'une quinzaine d'enseignantschercheurs ainsi qu'une doctorante, belges, canadiens et français, majoritairement en SiC mais aussi en sciences politiques et sociologie.les premiers résultats d'analyse mettent en évidence la variété, l'hétérogénéité des conceptions de la professionnalisation et des modalités ou des variables qui y participent. nous esquisserons une typologie des associations fondées sur ces diverses représentations qui peuvent se polariser tantôt du côté de la maîtrise de savoir-faire et d'une figure de l'expert capable de mobiliser des compétences spécifiques dans l'activité quotidienne du communicant, tantôt du côté de la construction d'une posture portée par des idéaux éthiques d'intégrité, de neutralité et incarnée par une figure morale du professionnel. Performées dans les discours des présidents et porte-paroles des associations, ces grandes figures et ces représentations contribuent à orienter les initiatives de soutien ou d'accompagnement des professionnels à travers l'offre de services faite aux adhérents ; elles conditionnent aussi les politiques et les engagements plus institutionnels dans la lutte pour la reconnaissance de la fonction et des métiers de la communication. il est notable, sauf à de très rares exceptions, qu'il n'existe guère de syndicats professionnels en communication, alors même que ce statut confère un rôle explicite de défense des intérêts d'un même groupe professionnel. Sachant que les métiers de la communication sont multiples, irréductibles à une branche d'activité économique, sociale ou culturelle, c'est là, peut-être, un indicateur de professionnalisation inachevée.
Type de document :
Communication dans un congrès
Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France
Liste complète des métadonnées

https://hal.univ-lille3.fr/hal-00840388
Contributeur : Compte Laboratoire Geriico <>
Soumis le : mardi 2 juillet 2013 - 13:54:26
Dernière modification le : vendredi 13 juillet 2018 - 18:56:04

Identifiants

  • HAL Id : hal-00840388, version 1

Citation

Valérie Lépine, Patrice De La Broise, François Lambotte, Marc David, Catherine Coyette, et al.. De la reconnaissance mutuelle et publique des professionnelsde la communication. Communiquer dans un monde de normes. L'information et la communication dans les enjeux contemporains de la " mondialisation "., Mar 2012, France. 〈hal-00840388〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

353